27 Mar La France va-t-elle basculer en 2027 ? (Café avec Johan 4)
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Transcription de la vidéo :
Salut chers amis et bienvenue dans ce nouvel épisode de Café Avec Johan. Et c’est l’épisode 4 de Café Avec Johan. Alors, vous m’avez amusé parce qu’au premier épisode, vous disiez : « Johan, tu bois pas ton café ». Et ensuite, j’ai eu plusieurs messages qui me disaient : « Johan, ton café, il est froid à la fin ». Et c’est vrai, parce que je mets 20 à 30 minutes pour boire mon café, mais c’est pas grave. Vous aimez plaisanter avec moi dans les commentaires et j’apprécie beaucoup parce que ce sont des moments d’échange.
Alors, aujourd’hui, on va parler d’un sujet, tu vas voir, assez intéressant, assez palpitant. Mais je te rappelle que Café Avec Johan, ce sont des contenus souvent un peu plus longs que ce que je fais d’habitude, un peu plus spontanés, parce que là j’ai quelques notes, j’ai préparé des faits, mais je parle d’une façon plus spontanée. On parle de l’actualité française en général. Aujourd’hui, on va parler un peu de politique. Et l’objectif, c’est de t’aider à améliorer ta compréhension, ton écoute en français, avec un sujet de société, ce qui me semble être intéressant pour toi. Et tu peux écouter sans stress. Il y a pas de montage, donc, tu peux écouter comme un podcast, sans pression, une fois ou plusieurs fois, si tu veux vraiment aller en profondeur.
Je t’invite à donner ton avis, comme d’habitude, et tes propositions de sujet en commentaire. Et tu peux aussi télécharger ta fiche PDF gratuite. C’est une fiche de synthèse qui reprend tout ce qu’on va voir ensemble aujourd’hui avec les chiffres.
Donc, aujourd’hui, on va parler d’un sujet qui est central en France, c’est l’évolution du paysage politique et la montée en puissance de nouveaux blocs, et notamment ceux qu’on appelle les populistes. Les populistes, en fait, on définit des personnes, des hommes ou femmes politiques comme étant populistes s’ils se placent toujours du côté du peuple, et ils affirment qu’en fait il y a un combat entre le peuple, les gens, et les élites qui sont soit incompétentes, soit déconnectées de la réalité, voire corrompues. C’est ce que les populistes disent. Ils opposent vraiment le peuple à leur dirigeant. Et les populistes ont de plus en plus de voix, de portée, en France, mais pas seulement, en Europe et dans le monde entier en fait.
Donc, on va voir exactement ce que ça signifie pour la France et on va essayer de répondre à une grande question, on va essayer d’étudier la question suivante, c’est « est-ce que la France va connaître un basculement politique inédit en 2027 avec un parti populiste qui arriverait au pouvoir ? » 2027, je te rappelle, ce sont les élections présidentielles en France, les prochaines élections. Emmanuel Macron a été élu en 2022. Il avait été élu en 2017. Le président de la République en France est élu tous les 5 ans. Donc, Emmanuel Macron sera président jusqu’en 2027, sauf s’il démissionne. Il a dit qu’il ne le ferait pas, mais la situation politique est quand même critique. Je pense qu’il ne démissionnera pas, mais c’est possible. Il peut démissionner, mais quoi qu’il arrive, il ne pourra pas se représenter en 2027 parce qu’il a fait deux mandats successifs. Donc, il ne peut pas faire de troisième mandat à moins de changer la constitution, parce que c’est la Constitution française de la Cinquième République qui l’empêche de faire un nouveau mandat. Évidemment, s’il change la constitution, c’est différent.
Donc, on va essayer de répondre à cette question. Et en particulier, en fait, est-ce que le Rassemblement National, le parti populiste dirigé par Marine Le Pen ou en tout cas dont la candidate naturelle est Marine Le Pen, peut arriver au pouvoir en 2027 ?
Alors, il y a aucune certitude, évidemment. On est début 2025, donc, c’est très difficile de prévoir, d’anticiper, et ces sujets sont jamais tout blancs ou tout noirs. On ne peut pas dire avec certitude ce qui va se passer, d’autant plus ici que ça dépend beaucoup du contexte international : des guerres qu’il peut y avoir, de l’économie, des événements type Covid, type crise énergétique. Donc, il y a plein de choses qui peuvent faire évoluer ce qu’on va dire. Et certains éléments peuvent nous faire penser, oui, il peut y avoir un grand basculement en 2027. Et d’autres peuvent nous faire penser que bah non, finalement, il y aura pas de basculement. Et on va essayer de voir tout ça en détail ensemble aujourd’hui.
Je trouve que c’est un sujet passionnant. Je sais que c’est pas facile à maîtriser dans une langue étrangère, mais pas de stress, prends ton temps. Tu peux réduire la vitesse si ça va trop vite. Tu peux revoir certains passages. Moi, c’est comme ça que j’apprends des langues hein. Je te dirai bientôt la nouvelle langue que j’apprends, mais c’est comme ça que j’apprends. J’écoute plusieurs fois, je découpe la vidéo, je vais regarder plusieurs fois chaque partie, et on t’a même mis des chapitres pour que tu t’y retrouves.
Donc, on va voir quatre parties ensemble aujourd’hui. La première, ça va être la recomposition politique en France. Donc, on va revoir quelques petites choses qu’on avait déjà vues dans la première vidéo de Café Avec Johan, mais on va aller un peu plus loin. On va voir pourquoi les partis populistes gagnent du terrain, parce qu’il y a des raisons. Si les partis populistes gagnent du terrain en France et dans le reste du monde, c’est qu’il y a des raisons. Pourquoi le Rassemblement National en particulier séduit de plus en plus d’électeurs ? Et ensuite, on verra quels sont les freins finalement au basculement en 2027, parce qu’il y a des freins. C’est compliqué pour les partis populistes d’arriver au pouvoir. Et ensuite, tu me donneras ton avis dans les commentaires, et moi, je te donnerai mon avis, je te dirai ce qui me semble être le plus probable.
Alors, on commence par parler de la recomposition politique, parce que la France est actuellement dans une impasse politique, et on l’a vu dans l’épisode 1 de Café Avec Johan, que je t’invite à revoir, il a rencontré un grand succès cet épisode, c’était sur « que se passe-t-il avec la politique en France ? » On a vu que le pays… bon, il est pas à l’arrêt. Il fonctionne, les fonctionnaires sont payés, les écoles et les hôpitaux sont ouverts, mais la situation est tellement instable qu’il y a aucune avancée sur des sujets long terme, il y a aucune vision long terme, il y a pas de travaux sur des sujets majeurs.
Et sur les grands sujets, sur les grandes réformes, notamment la réforme des retraites, on avance et on recule. On prend une décision, ensuite, on dit : « Ah bah finalement, on sait pas, on attend », et on recule. Et on a, au sein des grands blocs qui composent le Parlement, actuellement, des gens complètement opposés. Certains disent : « Il faut partir en retraite plus tard ». Actuellement, c’est 64 ans. On est en train de basculer de 62 à 64. Donc, certains disent : « Il faut aller à 65 ou à 67 ». D’autres disent : « Il faut revenir à 62 ou à 60 ». Donc, on a des avis opposés au sein même de ceux qui sont censés voter les lois.
Donc, ce qui s’est passé en France, on est passé de la bipolarisation au tripartisme. Donc, en fait, pendant des décennies, la France était gouvernée soit par ce qu’on appelait la droite. Donc, c’était le RPR, il y a eu l’UMP ensuite, les Républicains. Tout ça, c’est des changements de nom, mais on avait la droite ou la gauche. Le parti socialiste qui souvent s’alliait aux communistes, aux écologistes, etc. Donc, c’était ces deux grands partis.
Depuis 2017, ça a complètement changé, puisque Macron il a réussi, en prenant des talents à droite et à gauche, à faire exploser littéralement la droite et la gauche. Et le premier opposant à Macron, qui est plutôt du centre… donc, on a un bloc au centre… le plus grand opposant, c’est le Rassemblement National. La gauche, elle a complètement éclaté. Certains membres du Parti socialiste ont rejoint Emmanuel Macron au centre. D’autres se sont radicalisés. C’est ce qu’on appelle les radicaux. Et du coup, on a une gauche qui a éclaté, entre l’extrême gauche, les Insoumis, et des gens de gauche du Parti socialiste, qui sont restés au Parti socialiste, mais qui fait très très peu de résultats ou qui a des mauvais résultats aux élections, et ceux qui ont rejoint Emmanuel Macron. Et à côté de ça, on a le Parti Reconquête d’Éric Zemmour, qui concurrence le Rassemblement National. Et ça existait un peu avant, mais disons que c’est un parti supplémentaire, puissant, qui freine le Rassemblement National.
Et donc, on a de plus en plus de Français qui commencent à voter pour des alternatives. On n’a plus ces deux gros blocs, droite-gauche, où les gens disaient : « toi, t’es de droite ou de gauche ? » C’était littéralement comme ça que ça se passait il y a 20-25 ans. Aujourd’hui, c’est plus ça. On a trois gros blocs qui sont le centre, plutôt macroniste, le centre. On a la gauche radicale et les écologistes, et le Parti communiste. Donc, on a… c’est LFI, les Écologistes, une partie du Parti socialiste, mais encore une fois, le Parti socialiste ne sait pas trop où se mettre entre Macron et l’extrême gauche. Et on a à droite le Rassemblement National et Reconquête.
Et le problème, c’est qu’ils se détestent, et notamment deux des trois. Les radicaux de gauche et le Rassemblement National se détestent. Donc, on a trois grands blocs qui essaient de gouverner ensemble alors qu’ils se détestent. Et donc, un tel éclatement rend le pays quasiment impossible à gouverner. Il y a pas de majorité claire. Et ils utilisent beaucoup, ce qu’on a vu dans la vidéo 1 de Café Avec Johan, le 49-3, qui est un article de la Constitution qui permet au gouvernement de passer un texte sans vote à l’Assemblée. Donc, voilà ce qu’on pouvait dire en résumé sur cette partie recomposition du paysage politique français. On est dans une situation qui est assez compliquée.
Et dans cette situation compliquée, les partis dits populistes gagnent du terrain. Une des raisons… J’en ai noté trois, des raisons, mais la première, c’est ce qu’on vient de dire, c’est qu’il y a une saturation du système actuel en fait. Beaucoup de citoyens ils ont l’impression que tous les gouvernements qui se succèdent ne tiennent pas leurs promesses. Et je dois dire que c’est de plus en plus vrai. Et autant je peux imaginer qu’un homme politique, pour se faire élire, doive présenter un beau programme et qu’il ne peut pas tout réussir. Il y a des choses qui échappent à son contrôle. J’ai quand même l’impression qu’on revient sur des promesses qu’on aurait dû tenir. Donc, ça donne un souci d’agacement aux gens. On les écoute pas.
On sent qu’il y a en France, et là, je pense que ça concerne beaucoup de pays d’Europe, un problème de souveraineté. On n’est pas toujours sûr de savoir qui décide en fait. Nous, en France… je ne vis plus en France depuis quelques années, mais en tout cas les Français élisent un président de la République, et personne d’autre. Ils donnent leur voix au président de la République. Et on voit que la Commission européenne qui, elle, n’est pas élue, ou en tout cas pas élue par les citoyens directement, a un pouvoir énorme. Et parfois, on se demande : « OK, qui a le pouvoir ? Le président que j’ai élu ou la Commission européenne ? »
Et en France, il y a eu un grand exemple ou un grand fait qui a montré que cette question est légitime, c’était le Mercosur, qui est en fait un traité entre des pays de l’Amérique du Sud et l’Union Européenne, un traité de libre-échange. En France, les gens n’en veulent pas vraiment parce que la France est un pays d’agriculture, et l’Amérique du Sud, c’est une grande puissance d’agriculture. Donc, les Français ont peur que des produits d’agriculture sud-américains viennent sur le marché français, ‘fin, européen et français.
Mais en fait, ici, le point, c’est qu’Emmanuel Macron a dit : « Nous, on est contre le Mercosur ». Et pourtant, la Commission est allée en Amérique du Sud et a dit : « Nous allons signer le traité ». Donc, on se demande si la France est encore souveraine et si la personne qu’on a élue a encore le pouvoir. Et ça, ça joue beaucoup dans la montée des partis dits populistes, parce que, je le rappelle, les populistes disent : « Attendez, vous avez une élite là-bas qui ne fait pas ce qu’elle a dit qu’elle ferait, qui ne vous comprend pas et qui vous ment ». Et c’est un petit peu ce qui se passe dans certaines situations.
Il y a une grande défiance également qui est apparue suite au traité de Lisbonne. Le traité de Lisbonne, c’est un traité européen, donc, on reste sur le sujet européen. C’est un traité de la Constitution de l’Union européenne. Ça avait été proposé au peuple français en 2005. Il y a eu un référendum, on avait organisé un référendum. Voulez-vous que la France adopte le traité de Lisbonne, oui ou non ? Les Français ont dit non, et pourtant les politiques ont dit : « Ben on va le faire quand même. On vous a demandé, mais on va le faire quand même ». Et en 2000… je crois que c’est en 2008, le traité a été ratifié.
Et je prends cet exemple… je pense que je l’avais pris dans Café Avec Johan volume 1, c’est comme si je rentre à la maison, je dis à mes enfants : « Qu’est-ce que vous voulez manger ? » qu’ils me disent : « De la pizza », et que je leur dise : « OK, vous aurez des légumes ». On peut pas poser une question et ne pas tenir compte de la réponse. Et tout ça, ça s’ajoute dans la saturation du système politique actuel.
En plus de tout ça, on a des crises du pouvoir d’achat liées à l’inflation, qui est apparue suite au Covid, la hausse des prix de l’énergie. Pour moi, ce sont deux sujets différents. La hausse des prix de l’énergie, c’est venu plutôt au moment de la guerre en Ukraine, parce qu’on a dit : « On n’achète plus de gaz russe », donc, les prix ont monté. Mais l’inflation générale, elle est surtout venue parce qu’on a mis beaucoup beaucoup d’argent et on a créé de la monnaie lors du Covid. Au moment de la crise du Covid, on a créé de la monnaie alors qu’il n’y avait pas de croissance. Et à partir du moment où on crée de la monnaie ou on crée plus de monnaie qu’il n’y a de croissance, eh bien il y a de l’inflation. C’est mathématique, c’est une des bases de l’économie. Et je suis loin d’être un spécialiste en économie, mais c’est clairement comme ça que ça fonctionne.
Et là encore, les politiques n’ont pas joué franc jeu. Ils ont pas dit… Pendant le Covid, il y avait la phrase de Macron, le « quoi qu’il en coûte », ça veut dire on va donner de l’argent à tous les secteurs qui seront touchés par la crise, on va arrêter l’économie, mais on va vous aider, quoi qu’il en coûte, donc, quel qu’en soit le prix. Et on nous a pas dit après que ce quoi qu’il en coûte, qui était nécessaire ou pas, ça c’est même pas un débat en fait, eh ben on allait le payer d’une manière ou d’une autre, et on le paie via l’inflation. Mais on nous a dit, encore une fois, parce que les politiques sont pas honnêtes, on nous a dit que toute l’inflation venait de la guerre en Ukraine. Mais on le voit, tout est plus cher et on n’était plus habitué à l’inflation. L’inflation, elle est apparue, elle est revenue après le Covid, mais on n’était plus habitué à voir de l’inflation, surtout en Europe… en France et en Europe.
En plus de ça, on a des problèmes de dette. J’en parlais dans la première vidéo Café Avec Johan. La France est surendettée, et du coup, elle demande toujours plus d’efforts. Donc, elle dit : « Il va falloir travailler plus, il va falloir travailler plus longtemps, il va falloir que ceux qui paient des impôts en paient plus ». Donc, on demande des efforts qui sont légitimes, parce que forcément, vu qu’on est surendetté, on a besoin de faire rentrer de l’argent. Mais on se demande surtout : « Pourquoi on en est là, en fait ? Pourquoi on est dans cet état de budget complètement déséquilibré, de budget d’état surendetté ? » On se pose pas vraiment la question. Les responsables, ceux qui ont créé ça, n’ont pas de compte à rendre, mais par contre, c’est la population qui doit faire les efforts. Et ça, ça alimente aussi ce clash entre les élites et le peuple, et ça fait monter les partis populistes.
Et bien sûr, il y a des problèmes fondamentaux de base et super importants pour les Français, de grands problèmes d’insécurité. Il y a qu’à lire la presse pour voir que la France n’est plus un pays sûr. On n’est pas sûr, on n’est pas en sécurité quand on se promène dans les rues des grandes villes le soir, en France. C’est dur à dire, mais c’est une réalité. Et pour moi, la sécurité, c’est la liberté numéro 1, en fait. Si je ne peux pas me promener dans la rue en étant en sécurité, eh bien je ne suis pas libre. Et la France, en ce qui concerne la sécurité, c’est plus un pays libre, je pense. Encore une fois, dans cet épisode et dans tous les épisodes de Café Avec Johan, je partage une opinion personnelle, qui ne sera pas l’opinion de tous les Français. Toujours est-il que c’est mon opinion.
Le système de santé souffre. On a des médecins et des infirmières qui ne sont pas assez payés, qui sont enfermés dans une bureaucratie très difficile à… ben c’est très difficile à vivre, et les patients sont très maltraités. Je l’ai vu, puisque mon père a été gravement malade et a été suivi à l’hôpital. Ce qui se passe, c’est une catastrophe. Donc, on ne cesse de louer le système social français en disant : « On a une super couverture sociale et médicale », mais l’hôpital français ne fonctionne littéralement plus. J’exagère en disant ça, il fonctionne, mais il ne fonctionne pas bien et pas à la hauteur des dépenses qui sont engrangées en fait.
Il y a des problèmes à l’école, il y a des problèmes de bureaucratie, de normes. Il y a des problèmes d’immigration dans toute l’Europe. Des grandes populations viennent hors Europe pour des raisons légitimes. Là encore hein, moi, je ne juge pas du tout ces personnes qui viennent, mais c’est très difficile d’accueillir un grand nombre de personnes qui a une culture différente, bien souvent, de les accueillir alors qu’on n’est pas capable de les accueillir dans de bonnes conditions. Je l’ai dit, il y a des problèmes à l’hôpital, à l’école, on a des problèmes partout, on a des dettes énormes, et on accueille énormément de gens qui s’attendent à trouver quelque chose de génial et qui trouvent un pays qui fonctionne pas super super bien.
Et donc, tout ça, tous ces problèmes fondamentaux, les Français les vivent au quotidien. Et comme ils ne voient pas d’amélioration sur tous ces sujets, eh bien ils se tournent vers les partis populistes. Et comme je le disais tout à l’heure, c’est pas un phénomène qui est seulement français hein. On a vu ça en Italie, puisque Giorgia Meloni, avec Fratelli d’Italia, est au pouvoir depuis 2022. Aux Pays-Bas, c’est Geert Wilders qui a remporté les législatives en 2023. En Allemagne, l’AFD, Alternative für Deutschland, a eu plus de 20 % aux élections législatives, un record. Donc, ils vont peser sur la politique allemande. En Hongrie, en Pologne, en Espagne, en Suède, on voit les partis populistes qui montent. Et aux États-Unis, ça a été le cas avec l’élection de Donald Trump. Le fait que les partis populistes aient de plus en plus de voix, c’est pas seulement un phénomène français, c’est européen, voire mondial, et ça s’explique. Ça s’explique par les raisons que je viens de donner.
Alors, je ne dis pas que les partis populistes sont la solution. J’explique juste pourquoi les gens se tournent vers eux, et ça me paraît tout à fait clair, en fait. On a vu pourquoi les gens se tournaient vers les partis populistes. Et on va maintenant parler du Rassemblement National. Et pourquoi, parmi les partis populistes qui existent en France, le RN est celui qui a le plus de succès.
Et je vais boire du café tiède, maintenant. Au début, il était chaud. Maintenant, il est tiède. Et à la fin de cette vidéo, il sera peut-être froid. Il y a une expression que mes amis autrichiens m’ont enseignée. Je crois que c’est « kalter kaffee macht schön », donc, qui voudrait dire… je sais pas si « kalter kaffee », je crois hein, en gros, le café froid rend beau. Quand on boit du café froid, on devient beau. Et j’ai un ami autrichien qui m’avait expliqué que ça venait de l’époque des Habsbourg, des gens qui étaient maquillés. Et forcément, quand on buvait du café chaud et qu’on était maquillé, eh bien le maquillage coulait, donc, on n’était plus beau. Si on voulait être beau, il fallait boire du café froid pour garder son maquillage. Donc, le café froid rend beau.
Revenons-en à des sujets plus sérieux, et on va se poser la question de savoir pourquoi le Rassemblement National séduit de plus en plus d’électeurs en France. Et là aussi, j’ai trois points qui peuvent expliquer ça.
Le premier point, c’est qu’il y a eu une stratégie qu’on appelle « la dédiabolisation ». Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Tu connais le diable. Le diable, c’est l’être le plus méchant qui existe. Et quand on diabolise quelqu’un, eh bien on le fait passer pour quelqu’un de diabolique et quelqu’un de très très méchant. Ça, c’est la diabolisation. La dédiabolisation, c’est faire passer quelqu’un qui semblait méchant, qui semblait être quelqu’un de diabolique, en quelqu’un de fréquentable.
Et qui était le diable ? Eh bien le diable, c’était Jean-Marie Le Pen. Auparavant, le Rassemblement National s’appelait le Front National, et il était dirigé par Jean-Marie Le Pen. Et ce parti était jugé comme étant infréquentable, à juste titre en fait, parce que Jean-Marie Le Pen a dit des choses terribles. On va pas rentrer dans le détail, mais il était diabolisé parce qu’il a dit des choses qu’il n’aurait jamais dû dire et il pensait des choses qui ne sont pas conformes à la morale. Donc, le parti Front National était diabolisé. Personne n’osait dire : « Je vote Front National », les médias le présentaient comme un parti très dangereux, etc.
Marine Le Pen, la fille de Jean-Marie Le Pen, le fondateur du parti, a commencé par changer le nom. En 2018, elle est arrivée au parti, elle a changé le nom. Elle a changé le nom en 2018, le Front National est devenu le Rassemblement National. Elle a un discours beaucoup plus modéré sur des sujets qui font peur, notamment certains sujets économiques et sociaux. Elle ne veut pas sortir de l’Europe, alors que c’était la position de son père, qui n’est pas voulu par l’ensemble des Français ou par une majorité de Français. Elle ne veut pas sortir de l’euro, alors qu’avant c’était le cas, où le Front National demandait la sortie de l’euro. Et comme la majorité des gens ne le veulent pas, le Rassemblement National ne le veut plus. Donc, tu vois, il y a cet aspect on va se donner une meilleure image. Marine Le Pen, c’est une femme, donc, elle est beaucoup plus douce, quand tu regardes Marine Le Pen, que son père, qui était très dur, un visage très fermé, etc.
Et il y a une grande stratégie aussi de normalisation dans les médias. Le Front National, on voyait souvent des scandales, des membres du Front National qui disaient des choses terribles. Eh bien là, ils ont soigné leur image. Et ça continue avec Jordan Bardella, qui est un jeune homme talentueux, vraiment, et qui est… Alors, je crois qu’il est président maintenant du Rassemblement National. Et il donne une image de jeune, dynamique, beau gosse et très intelligent, qui peut finalement avoir une image non diabolique.
Donc, ça, tu vois, cette dédiabolisation, elle a été réussie. Ce qui fait qu’aujourd’hui les gens ont moins de honte à dire : « Je vote pour le Front National ». Le Front National, c’est plus le diable. Deuxièmement… ‘Fin, le Rassemblement National, pardon, ce n’est plus le diable, comme l’était le Front National.
Deuxièmement, il parle des sujets qui intéressent les gens, et il parle des sujets que j’ai cités tout à l’heure. Il parle constamment d’insécurité, d’immigration, d’école, de chômage, de pouvoir d’achat. C’est vraiment des sujets dont il parle en permanence, et c’est les sujets qui intéressent les Français. Et au final, ça produit des résultats, parce que le Rassemblement National, c’est devenu le premier parti ouvrier de France. Auparavant, c’était la gauche. À l’époque de François Mitterrand, les ouvriers votaient plutôt à gauche. Aujourd’hui, les ouvriers votent plutôt Rassemblement National. Bien sûr, ce sont des tendances. Il y a des ouvriers qui votent ailleurs, on est d’accord, mais c’est le premier parti ouvrier de France. Il y a de plus en plus de femmes qui votent pour le Rassemblement National. Il y a de plus en plus de jeunes. Auparavant, c’était plutôt… le prototype de ceux qui votaient pour le Front National, c’était des personnes âgées, plutôt masculines. Aujourd’hui, on a de tout, littéralement.
Et le troisième point, qui est un point super important, qui fait que le Rassemblement National a le vent en poupe, comme on dit en français, c’est-à-dire rencontre de plus en plus de succès, et sur une bonne dynamique, eh bien c’est qu’ils n’ont jamais été au pouvoir. Et donc, on peut rien leur reprocher, et on ne peut pas leur reprocher le chaos actuel dans lequel nous sommes.
Donc, aujourd’hui, la gauche a été au pouvoir, la droite a été au pouvoir, le centre a été au pouvoir. Donc, ils partagent tous, finalement, la responsabilité du chaos politique et budgétaire dans lequel la France se trouve. Par contre, le Rassemblement National n’a pas été au pouvoir. Donc, on peut pas leur reprocher d’être responsable de ça. Et beaucoup de gens se disent : « On a essayé la droite, ils nous ont promis que tout changerait, ça n’a pas marché. On a essayé la gauche, ils nous ont promis que tout serait meilleur, ça n’a pas changé. On a essayé le centre, ils nous ont dit que tout serait magnifique, ça n’a pas changé. Eh bien, on va essayer le Rassemblement National ». C’est vraiment, des trois, je pense que c’est la raison la plus forte qui fait que le Rassemblement National a de plus en plus d’électeurs.
Au second tour de l’élection de 2022, ils ont eu 13 millions de voix au second tour, un record. C’était un peu moins de 19 millions pour Macron. Donc, 19 contre 13, effectivement, il y a un gros écart, mais on voit qu’il y a de plus en plus de monde qui vote pour eux. Alors que, on va le voir, toute la classe politique et la presse mettaient pression pour que les gens votent pour Emmanuel Macron, et pourtant, ils ont fait un score tout à fait acceptable. Ça a été le parti en tête lors des élections législatives de 2024. Et si la tendance se confirme, Marine Le Pen pourrait ou un autre candidat Rassemblement National pourrait vraiment faire des scores encore plus élevés en 2027.
Donc, on a vu pourquoi la situation politique actuelle était chaotique. On a vu pourquoi, finalement, ça donnait des arguments aux gens pour voter pour des partis populistes. Et on a vu pourquoi, parmi tous les partis populistes, le Rassemblement National était le parti qui pouvait faire basculer les choses. Maintenant, on va voir au frein, qu’est-ce qui fait que, finalement, ça pourrait ne pas basculer et ça pourrait rester comme ça a toujours été, c’est-à-dire avec un parti traditionnel au pouvoir. Et il y a, en fait, deux grandes raisons.
La première raison, c’est qu’on ne connaît pas le plafond électoral. C’est incertain. Le plafond électoral, ce serait de se dire, ben voilà, Marine Le Pen, elle peut pas avoir plus que, je sais pas, je dis n’importe quoi, elle a eu 13 millions, on va dire, peut-être que le plafond est à 15 millions, et que ce plafond, le nombre de personnes qui, potentiellement, pourraient voter pour elle, il est trop bas pour qu’elle puisse remporter l’élection. Parce que ces scores ont toujours progressé, on va le voir, mais on ne sait pas si ça peut aller assez loin pour qu’elle soit élue.
En 2022, elle a obtenu 41,5 % des voix au second tour, c’était un record, mais certains électeurs hésitent encore, malgré la dédiabolisation, à voter pour elle, parce que, eh bien là, ce serait clairement incertain. Donc, des gens parfois se disent : « Il vaut mieux quelque chose qui fonctionne pas, mais qu’on connaît, que quelque chose qu’on n’a jamais essayé et qui nous fait peur ». Donc, elle souffre de ça et on sait pas quel impact ça a sur son plafond électoral.
Mais la raison majeure, en fait, des difficultés posées pour le Rassemblement National, c’est le mode de scrutin français qui est majoritaire. Ça favorise pas l’alternance rapide et ça favorise pas les partis comme celui-là, populistes, parce que, contrairement à l’Italie ou aux Pays-Bas, en France, il faut une majorité absolue pour gouverner. En fait, c’est le gagnant qui prend tout, contrairement à d’autres pays où on a une proportionnelle. Et on va dire : « Ah, toi, tu as eu un tiers des voix, eh bien tu auras un tiers du pouvoir ». En France, c’est pas ça. Il faut avoir plus de 50 %, et celui qui a 51 %, il a tout le pouvoir. C’est comme ça que ça marche en France. Donc, si le Rassemblement National n’arrive pas à avoir plus de 50 %, il ne sera pas au pouvoir, et c’est très difficile.
Parce qu’ici, il y a ce qu’on… jusqu’ici, il y a eu ce qu’on a appelé « un front républicain ». Un front républicain, c’était de dire que tout le monde votera pour le candidat qui sera contre le candidat du Rassemblement National. Ça a commencé en 2002, quand Jacques Chirac est arrivé au deuxième tour contre Jean-Marie Le Pen. Tout le monde, toute la droite, la gauche, le centre, tout le monde disait : « Il faut voter pour Jacques Chirac », non pas pour lui, mais contre Jean-Marie Le Pen. Et ils ont appelé ça le front républicain. Ça a été la même chose en 2017 et en 2022, quand Marine Le Pen est arrivée au second tour. La presse met une grande pression, et tous les partis, tous les perdants, au soir du premier tour, disent : « J’invite à voter contre Marine Le Pen ».
Et ça, ça a toujours empêché, finalement, le Rassemblement National ou le Front National d’avoir un bon score au deuxième tour, parce qu’ils ont tout le monde contre eux. Moi, j’ai jamais compris le mot « front républicain », finalement, parce que je pense pas que le Rassemblement National souhaite sortir de la République. Ils veulent pas revenir à la monarchie. Donc, le front républicain, je comprends pas vraiment ce que ça veut dire. Et je trouve un peu bizarre, finalement, de dire : « Ce parti, on l’autorise, il a le droit d’exercer, donc, il est pas dangereux ». Mais par contre, dès qu’il est en passe de gagner, on dit : « Ah non, non, non, il faut pas voter pour lui, il est trop dangereux ». Je me dis, soit il est dangereux et on l’interdit, parce qu’il dépasse les limites acceptables de la morale, soit on le laisse, mais si on le laisse, laissons-le complètement.
Et je dis pas ça parce que je suis pro-Rassemblement National. Moi, encore une fois, ça ne me concerne pas, je vis plus en France. Mais j’ai du mal à comprendre, en fait, la logique. Toujours est-il que ce barrage républicain a fait qu’en 2002 Jean-Marie Le Pen a eu 18 % de voix au deuxième tour ; en 2017, Marine Le Pen, 34 %, et en 2022, 40 %. Donc, on voit que le front républicain il faiblit. On passe de 18 % à 34 %, à 40%, donc, on est passé de 18 % à 40 %, mais il a fallu 20 ans pour ça. Mais on voit qu’il existe toujours ce front républicain où, finalement, tout le monde se met contre un candidat, que ce soit les politiques, les journalistes, etc.
Donc, moi, je me dis que, si en 2027, il y avait un candidat du centre ou de gauche qui est contre le Rassemblement National, eh bien le front républicain pourrait de nouveau faire du tort au Rassemblement National. Et comme en France, il faut avoir la majorité absolue pour pouvoir gouverner, ça risque de pas être suffisant. Donc, un basculement est possible, mais on voit que c’est loin d’être sûr.
Donc, quels sont les scénarios, finalement ? Quels sont les scénarios possibles ? On peut avoir, premièrement, un candidat connu ou inconnu qui vient et qui s’impose. Ça peut être… on parle beaucoup d’Édouard Philippe ou de Gabriel Attal qui semblent avoir une cote de popularité élevée, même si les deux ont été premiers ministres et c’est des candidats finalement du système qu’on connaît. Mais en tout cas, ils peuvent très bien prendre le pouvoir, comme Macron en 2017. Ensuite, tu peux avoir le Rassemblement National qui, effectivement, gagne la présidentielle et gouverne avec majorité absolue au Parlement ou pas. Ça, c’est encore une autre question parce que le Rassemblement National peut très bien gagner, mais ne pas avoir la majorité au Parlement et, donc, ne pas pouvoir gouverner, et on se retrouverait dans la même situation qu’on y est actuellement en France.
Et j’aimerais savoir ce que toi tu en penses. Est-ce que tu penses qu’en 2027 on aura un candidat du Rassemblement National au pouvoir, vraisemblablement Marine Le Pen, ou alors on aura quelqu’un d’autre ? J’aimerais que tu me dises en commentaire.
Personnellement, je pense que c’est trop dur. Le système politique français, c’est ce que je pense depuis longtemps, me semble être incompatible avec l’arrivée d’un parti populiste au pouvoir parce qu’on aura toujours, toujours, toujours, au deuxième tour, toute la presse, tous les politiques, toutes les personnes d’influence, tous les écrivains, tous les footballeurs, toutes les personnalités publiques qui diront : « C’est trop dangereux, la France va tomber dans le fascisme, il faut voter pour le candidat qui est contre le Rassemblement National ». Et je pense que ça sera toujours un obstacle trop important pour que le Rassemblement National gagne. Mais encore une fois, rien n’est sûr, ce n’est que mon avis. On verra en 2027, et j’espère que tu me diras en commentaire ce que tu en penses, puisqu’encore une fois, je lis tous les commentaires.
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Merci de m’avoir suivi. Je vais finir mon café et je te dis à très bientôt pour un nouvel épisode de Café Avec Johan.